Fin de la déduction fiscale des intérêts d'emprunt programmée ... Dépêchez-vous d'acheter !
Big bang pour les futurs propriétaires. Une
seule mesure destinée aux "classes moyennes" remplacera les aides
actuelles.
Faire davantage avec moins d'argent. Voilà le
pari de Benoist Apparu, postulant au rang de meilleur élève de la rigueur
budgétaire. Le jeune (40 ans) secrétaire d'Etat chargé du Logement prépare une
coupe assumée de 1,5 milliard d'euros dans une enveloppe d'aides évaluée à 7
milliards. Il y aura moins de moyens financiers mais plus d'achats de
logements, promet-il: "Nous pouvons être beaucoup plus efficaces." Le
"coup de rabot" rétrécit aussi les tuyaux irriguant le logement
social et celui des étudiants. L'objectif politique est intact, faire de la
France "un pays de propriétaires". 57 % des Français possèdent leur
logement (66 % en moyenne en Europe).
Une promesse de campagne sacrifée sur l'autel
de la rigueur
Pour tenir son pari, le secrétaire d'Etat
réalise une prouesse politique. Il a obtenu la suppression d'une mesure phare
de Nicolas Sarkozy. La déduction fiscale des intérêts d'emprunt va disparaître.
Promesse de campagne, inscrite dans la loi Tepa de 2007, elle est sacrifiée sur
l'autel de la rigueur. Son coût a atteint 1,5 milliard d'euros, certes en deçà
des prévisions affichées lors du vote de la loi. Mais il aurait grimpé à 3
milliards d'euros l'an prochain. Trop cher, pas assez ciblé. "Cette mesure
rend du pouvoir d'achat aux ménages mais elle ne compte pas pour les banques au
moment d'octroyer un prêt", argumente Benoist Apparu. Compte tenu du
calendrier des impôts, l'avantage fiscal n'est obtenu qu'en septembre de
l'année suivante.
En outre, l'actuel prêt à taux zéro (dont le
coût pour l'Etat a été multiplié par trois en trois ans) et le "pass
foncier" (qui permet aux foyers modestes de séparer l'achat du logement de
celui du terrain) passent aussi à la trappe. Benoist Apparu va remplacer ces
dispositifs par une mesure unique. Un chèque de l'Etat complétera l'apport
personnel de l'acquéreur. Il devra être intégré par les banques dans le ratio
de solvabilité. Son montant, qui sera arbitré en août, tiendra compte des
revenus et de la composition de la famille. L'objectif est de bénéficier
"aux classes moyennes". "Nous devons les résolvabiliser. En
quinze ans, les prix de l'immobilier ont été multipliés par 2,6 mais les
revenus par 1,5", dit le secrétaire d'Etat. Les plus aisés feraient donc
les frais de cette refonte.
"Les PEL ne font pas un propriétaire de
plus"
Le nouveau dispositif sera régionalisé, comme
certaines aides fiscales qui dépendent d'un découpage administratif. Dans la
zone A aux coûts élevés (Paris, sa banlieue, la Savoie et la Côte d'Azur), la
somme sera plus favorable au neuf qu'à l'ancien. Dans la zone C (petites villes
et villages) elle sera identique. D'autres mesures seraient retouchées sans
toutefois être refondues.
Les Plans d'épargne logement (PEL) font
l'objet d'une étude approfondie. "Ils coûtent 2 milliards d'euros par an
mais ils ne font pas un propriétaire de plus", souligne le secrétaire
d'Etat. Les banques voient d'un mauvais ?il la remise en cause de ce matelas
(170 milliards d'euros dans leurs bilans). Par ailleurs, l'Aide personnalisée
au logement pour les acquéreurs (dite « APL accession ») pourrait aussi être
ajustée, mais son principe est réaffirmé.
Les professionnels du bâtiment vont-ils faire
le même pari que Benoist Apparu? "Le crédit d'impôt était un pur effet
d'aubaine. L'idée de dépenser moins et mieux est bonne mais il faut savoir
jusqu'où", prévient Marc Pigeon, président de la Fédération des promoteurs
constructeurs, qui veut y croire. La fédération du bâtiment et celle de la
construction de maisons individuelles restent, elles, sur leurs gardes.
Source : JDD, le 11/07/2010




